Artisans d'art, artistes, artisans, créateurs, fabricants...

Mais où se situer dans tout ce paysage?

Je me demande parfois si je suis la seule à avoir dû lutter ainsi contre les éléments pour pouvoir faire ce que j'aime. Surement que non. Lorsque nous sommes sur les marchés ou les salons, nous nous montrons tous sous notre plus beau jour, et au final nous ne savons rien les uns des autres.
L'herbe a toujours l'air plus verte chez le voisin.
J'imagine donc que d'autres créateurs - créatrices ont lutté comme moi et se sont posé les mêmes questions que moi. Pour ceux là, je voudrais témoigner aujourd'hui.
Les projets artistiques sont pour certain(es) un vrai défi, une vraie passion. Lorsque j'ai démarré en bijouterie, ce projet était l'objectif principal de ma vie. Je m'en suis fait un défi existentiel. Mais j'aurais du écouter la petite voix qui, je le jure, a toujours été là et me disait que je n'étais pas une entrepreneuse, mais "juste une créative"... Et une grande rêveuse. La gestion d'entreprise n'est pas mon fort. Je n'ai qu'une seule obsession depuis toujours: créer des objets et apprendre des techniques, à ma façon, à mon niveau, et toute ma vie. Voilà pour quoi je suis faite. Et avec le temps, ça ne s'arrange pas.

La première leçon à retenir est donc qu' il ne faut pas se mentir à soi même.


Après avoir obtenu mon CAP Bijouterie, il m'a semblé évident que je devais me mettre dans la peau d'un artisan, malgré mon manque d'expérience.
Mais lorsque les gens regardaient mon travail, ils se sentaient dubitatifs: un artisan bijoutier fabrique des objets précieux, il fait des réparations, fait des devis, il a une boutique et une collection mariage (je résume...un peu).
Moi je travaillais le laiton, ne faisais pas d'alliances, travaillais chez moi.

Je suis restée ainsi, entre mes deux chaises, pendant un an et demi, ballotée par le "ce que j'ai envie de faire" et le "ce qu'un artisan doit faire pour gagner sa vie". Il fallait que je trouve une case confortable dans l'esprit des gens, mais je n'y parvenais pas.
Alors voici ma deuxième réflexion: le regard des gens est important, mais il ne doit pas être paralysant. Faites-vous confiance. Si vous êtes là, ce n'est pas pour rien. La création n'est pas une lubie.


Aujourd'hui, je pense que je suis une "artiste-artisane." Cinq ans d'expérience dans la création, avec quelques poses je l'avoue, c'est bien peu, alors je me sens à l'aube de la création.
Je ne fais pas tout comme une bonne ouvrière bijoutière joaillière, parce que je n'en ai pas envie, et que je n'ai pas appris.
J'adore apprendre et découvrir par moi même, alors que c'est plus long, fastidieux, parfois limité.
J'aime ce moment où je me demande comment réaliser le bijoux que j'ai dessiné; il faut essayer, même si l'on n'est pas sur que ça marche; ça réussit ou bien ça rate, mais c'est toujours un moment précieux. Parfois on trouve quelque chose que l'on n'attendait pas.
C'est cela que, comme énormément d'artisans artistes, je voudrais partager, donner à voir dans mes créations.



Cela ne veut pas dire qu'on ne fait que s'amuser. La création artistique c'est beaucoup de travail. Et en dehors de la sphère technique, personne ne peut nous aider, personne ne peut dire: ce soir à telle heure, il faut que ton idée soit précise et réalisable. Les gens peuvent avoir des idées pour nous, mais lorsqu'on est à l'établi on se retrouve face à soi même.
Je croise beaucoup de créateurs. 
Souvent, ils ont une autre activité à côté. Souvent, ils enseignent dans leur branche d'artisanat. Ils vendent rarement leurs pièces au temps passé. Très peu ont un prix à l'heure correct, pourtant ils sont qualifiés.
Lorsque j'ai essayé de vivre de la fabrication de bijoux, ma création en a pris un coup (du moins selon moi). Je ne progressais plus car il fallait toujours penser à son "stock" et créer quasiment uniquement dans la tranche de prix du "portefeuille moyen" de ses clients.
Tout ce vocabulaire d'entreprise ne s'appliquait que très peu à mes aspirations créatives, au final.
Parce que si une pièce me prend deux jours, je ne pourrais pas revendiquer un tarif horaire pour cette pièce. Et que si un client me demande de lui faire un bijou tel qu'il en a déjà vu dans mes collections, jamais je ne lui ferais le même...
Mais tout est une question de choix. 
Depuis que j'ai arrêté de vouloir en vivre, mes objets sont plus beaux. Ils sont libres. 


En guise de conclusion, je me permets donc de vous faire part d'une troisième pensée.
Quelque soit le chemin que ça prend, gardez le cap. N'ayons pas peur de prendre le temps qu'il faut, car la création est une affaire de temps, et notre société l'oublie trop souvent.
La création ne doit pas se plier à la rentabilité. Elle doit repousser des frontières, vos frontières.
Pour qu'elle soit libre et épanouissante, persévérez, et surtout, vivez!!!








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